Editorial de la Douzième édition

Le Festival de Fès de la Culture Soufie a choisi cette année d’associer les notions d’humanisme et de spiritualité . Ce choix peut paraître d’autant plus étonnant que le premier terme renvoie , dans l’histoire occidentale depuis le XIV ème siècle ( mais surtout depuis le XVIII et XIX ème siècle ) à un mouvement de pensée dont le but était de s’émanciper des ordres transcendants de la religion et du sacré . 

Ce mouvement s’inscrivait à sa façon dans un débat déjà ancien , en Occident comme en Orient, entre foi et raison, religion et politique, liberté et transcendance. 

Mais les réponses philosophiques qui émergent à une époque ou une autre d’un tel débat ne sont jamais innocentes . Elles sont porteuses d’une promesse de civilisation, d’un choix de société . 

C’est ainsi que les principes de rationalité , de démocratie, des Droits humains , voire pour certains de libéralisme , ont conquis le monde. 

Mais dans la mesure même de leur triomphe certains de ces concepts sont devenus les caricatures d’eux-mêmes et sont pour cela largement remis en cause. Non pas dans l’intention positive de ce qu’ils peuvent apporter à l’humanité mais par le fait même, et d’une façon paradoxale,  que dénués justement de spiritualité et de transcendance , ils semblent pouvoir être livrés à toutes les instrumentalisations et tous les abus. 

 Il suffit de penser à ce que nous réserve ce que l’on nous présente comme une voie d’avenir et de progrès  inéluctable ; le transhumanisme , qui ne s’avérera sans doute en fin de parcours que le degré zéro de l’enchantement , ou de l’exaltation, de la vie. 

La spiritualité donc au secours de l’ humanisme ?  À voir. La relation imprévue  entre les deux peut en effet se révéler féconde à une époque où les religions connaissent aussi les dérives d’un formalisme desséchant qui en vient à nier les valeurs les plus évidentes de notre humanité . 

C’est la conjonction entre ces deux dimensions que l’on voudrait aborder ici à travers la culture du Soufisme . 

Elle saura peut être nous faire appréhender le choix d’une politique comme un art de vivre , l’ouverture à des richesses intangibles et immatérielles de notre humanité , le respect évident de la diversité des religions et cultures , l’association fructueuse entre le savoir et la spiritualité , l’exaltation poétique de notre environnement et de notre humanité, fragiles certes , et qu’il nous faut d’autant plus préserver. 

Une spiritualité qui ne  viendra pas s’opposer aux acquis de l’humanisme mais plutôt insuffler une âme en celui -ci en lui redonnant sens et profondeur. 

La Culture soufie peut ainsi apporter sa contribution, parmi d’autres spiritualités  et sagesses du monde, à une autre civilisation possible. 

Faouzi Skali.